Techniques d’entraînement félines

Par Daniel Filion
Consultant en comportement félin chez Éduchateur

7 août 2017 — Contrairement à ce que bien des gens pensent, il est possible d’entraîner son chat, de la même manière qu’on le ferait avec un chien. Cette fausse perception du chat inapte à apprendre des trucs prend ses racines à deux sources.

La première vient du fait qu’il n’y a pas si longtemps encore, la méthode d’entraînement consistait bien souvent à punir (ex. : collier étrangleur et fouet) un animal, advenant qu’il ne se conformât pas aux directives imposées. Or, bien que cette approche soit fortement déconseillée, la punition avait un certain effet sur des espèces tels les chiens et les chevaux, en raison d’une grande sociabilité et d’une résilience qui les caractérise. Mais comme le chat est indépendant et solitaire, sévir a un effet dévastateur sur lui.

Renforcement positif

Heureusement, la méthode dite du renforcement positif a fait son apparition il y a environ 15 ans. On s’est dès lors aperçu que les félins répondaient plutôt bien à cette approche. Il faut se rappeler que les chats posent des gestes qui doivent être payants. S’il y a une récompense au final, ils seront prêts à faire ce qu’il faut pour l’obtenir. Cela dit, la technique d’entraînement idéale doit tenir compte de l’environnement. Le chat est un animal territorial. Il ne doit donc pas être distrait par des objets ou des situations qui l’entourent. Pour éviter ces diversions, on peut s’enfermer avec lui dans une chambre ou dans la salle de bain.

 

La courbe d’apprentissage des trucs varie d’un animal à l’autre. Pour apprendre à un chat comment donner la patte (high five), on utilise habituellement un leurre (gâterie) que l’on place entre l’index et le majeur d’une main. Cette gâterie est présentée à l’animal, qui tentera d’abord de l’attraper avec sa gueule. Mais dès qu’il lèvera la patte, il faudra la lui donner. Une séance de cinq minutes pourrait être suffisante pour réussir ce truc, encore qu’il faudra parfois une semaine afin d’y parvenir. Je dirais qu’en moyenne, deux à trois séances de cinq minutes chacune suffiront pour y arriver.

La rapidité à comprendre ce que doit faire l’animal dépend de son niveau d’intelligence, mais aussi de sa motivation. Le jeu peut être une excellente source de motivation. Cela dit, un chat gourmand ne se fera pas prier trop longtemps, car il obtiendra ensuite une récompense sous forme de nourriture. Les habiletés d’un entraîneur doivent aussi être prises en compte, car la technique utilisée fera certes une différence. Les clients qui nous consultent reçoivent une petite formation pour savoir comment affiner leur approche.

Mon chat n’aime pas les gâteries. Vraiment?

Certaines personnes affirment que leur chat ne réagit pas aux gâteries, et que cela pose une entrave à un entraînement efficace. Là-dessus, sachez que certaines boutiques pour animaux, par exemple Mondou, possèdent des murs de gâteries conçus expressément pour les félins, auxquels votre chat pourra difficilement résister. Si vous n’avez pas essayé toutes les marques et saveurs qui se trouvent sur ces murs, affirmer qu’il n’aime pas les gâteries pourrait être hasardeux. Les chats affectionnent souvent celles qui sont constituées de nourriture sèche. Les saveurs sont multiples : bœuf, poulet et crevettes, pour ne nommer que celles-là.

Et n’ayez crainte, si vous divisez une gâterie en plusieurs morceaux, tout en réduisant la quantité de nourriture que vous mettez dans sa gamelle, les risques sont moindres que votre chat prenne du poids. Lors d’un entraînement, j’utilise aussi du dentifrice pour chats. N’utilisez surtout pas ceux qui sont destinés à la consommation humaine, car ils représentent un poison pour eux.

Pourquoi entraîner son chat?

Un chat entraîné est beaucoup plus docile dans certaines situations, par exemple s’il faut prodiguer des soins à l’animal, lui brosser les dents ou lui laver les oreilles. À titre d’exemple, j’ai développé une approche appelée le « truc de couper les griffes », qui fait en sorte que je n’ai qu’à prononcer le nom du chat, accompagné du mot « griffe », afin qu’il se présente sur le comptoir de la cuisine et tende la patte. Je l’ai entraîné pour qu’il réagisse ainsi, après quoi il reçoit une gâterie, de là l’idée qu’un félin fait toujours quelque chose pour que ça lui rapporte quelque chose. Et ce, même si pour avoir ce qu’il veut, il doive faire une action dont il n’a pas nécessairement envie.

Par ailleurs, l’entraînement d’un chat permet d’enrichir son environnement, plus particulièrement si l’animal est en situation d’hypostimulation, c’est-à-dire qu’il s’ennuie dans son milieu immédiat. Lui apprendre à faire des trucs contribuera à l’occuper, si bien qu’il dépensera plus d’énergie. Cela est d’autant plus vrai si votre chat est très actif, ce qui est notamment le cas des Bengals et des Savannah, reconnus pour leur tempérament alerte et vigoureux. Mieux encore, vous vous occuperez davantage de votre félin après l’avoir entraîné, si bien que l’interaction avec lui s’en verra améliorée.

Nouvelle dimension

À n’en point douter, l’entraînement ajoute une dimension ludique à la relation qu’un maître développe avec son chat. Cette approche doit être vue comme un outil supplémentaire pour favoriser son mieux-être. Et comme les femmes sont généralement plus enclines à s’occuper du chat à la maison, ceux qui sont entraînés pourraient inciter davantage les hommes à s’y intéresser. En somme, il s’agit d’une approche gagnante et profitable à tous.

Dans ma prochaine chronique, j’aborderai la question des chats en laisse.

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