Il est passé par ici, le furet du bois joli!

Par Carole Lambert
Zoothérapeute et enseignante

17 août 2019 – L’animal dont je vais vous parler aujourd’hui pue, c’est vrai. Des fois un peu, des fois beaucoup. Ça dépend de la sensibilité de votre nez. Mais si l’on sait y faire, on parvient à oublier ce parfum singulier qui provient de glandes situées sous sa queue.

En tout cas, moi, Gros Bill, je me suis habitué à vivre auprès de cette amusante bête qu’est le furet (du latin furritus qui veut dire petit voleur). Mon amie Gamine, la furette putoisée, est animée (comme tous ses congénères) par une belle joie de vivre. On n’a qu’à la regarder marcher à reculons, ou encore sautiller le dos courbé pour rire un bon coup.

Prouesses et hardiesse

Ses gaucheries, elle les vit allègrement. Son entrain contagieux nous incite à faire avec elle ses quatre cents mauvais coups. J’aimerais bien avoir sa hardiesse lorsqu’elle sort d’un tuyau de chauffage, ou qu’elle vide le papier d’une poubelle au centre de zoothérapie où nous vivons. Moi, le gros balourd, je ne passe pas n’importe où, mais Gamine a un corps élastique. C’est tout un spectacle à regarder!

On dit que furet furette avec son museau. En tous les cas, c’est sûr qu’il cherche partout pour trouver quelque chose d’intéressant. Quoi au juste? Sûrement de petits gibiers. Car notre petite bête est un féroce carnivore prédateur à la recherche de pauvres proies herbivores. Avec ses griffes acérées, qui ressemblent aux serres d’un rapace, elle peut faire de gros dégâts à de petits animaux sans défense. Toutefois, je suis très heureux de ne pas faire partie de son repas préféré qu’est le lapin, dont il fut jadis le roi des chasseurs.

Traqué par l’homme

À son tour, le furet fut chassé pour sa fourrure, tout comme la fouine, le putois, l’hermine et le vison. Aujourd’hui, le furet n’existe plus à l’état sauvage et est devenu un animal de compagnie parmi les plus aimés, au même titre que les chats et les chiens.

Je pense que vous pensez que moi, Gros Bill, je suis un ignare, un simplet ou pire encore, vous êtes convaincu que je n’ai pas de classe? Détrompez-vous. Je suis un être vivant cultivé. À preuve, j’ai cherché les paroles du célèbre poème de Friedrich von Schiller chanté dans la 9e Symphonie de Beethoven. Je les ai dénichées en reniflant dans Wikipédia. En voici quelques extraits :

Ô amis, pas de ces accents!
Laissez-nous en entonner de plus agréables,
Et de plus joyeux!
Joie, belle étincelle divine,
Nous pénétrons, ivres de feu,
Ô celeste, ton sanctuaire!
Tes charmes assemblent
Ce que, sévèrement, les coutumes divisent;
Tous les humains deviennent frères,
lorsque se déploie ton aile douce.

Celui qui, d’un coup de maître, a réussi
D’être un ami d’ami;
Qu’il mêle son allégresse à la nôtre!
Même celui qui n’a qu’une âme
Qui lui appartient sur la terre entière!
Tous les êtres boivent la joie
Aux seins de la nature;
Tous les bons, tous les méchants,
Suivent sa trace parsemée de roses.
Joyeux, comme ses soleils volant
À travers le somptueux dessein du ciel,
Hâtez-vous, frères, sur votre route,
Joyeux comme un héros vers la victoire.

L’habitude de fuguer

Certes, la joie dont il est question ici nous rappelle cette recherche de liberté liée à une forme de captivité. À l’instar des personnes ostracisées, asservies ou encore isolées, j’ai une soif d’autonomie, voire d’évasion. Croyez-le ou non, il m’est habituel de fuguer. Impossible de me confiner dans une maison. Je défonce la moustiquaire et je fonce droit devant, à l’aventure. Je disparais plusieurs jours. Je butine de maison en maison. Je papillonne à ma guise. Et je suis alors Gros Bill, le chat en évasion, et non plus un animal partenaire de travail en zoothérapie. Vive l’égoïsme! À bas le sociocentrisme! Me voilà libre et joyeux!

Ma dernière virée a duré trois mois. On me croyait mort. Ma face de Gros Bill se retrouvait sur Facebook. Recherché. Pendant ce temps, je traînassais dans les rues avoisinantes. Grisant, je vous dis! C’était le buffet! Tout un chacun me donnait ses restes de table. Un pur délice! Pas mal meilleur que le régime auquel on m’astreint depuis mon obstruction rénale.

Trop, c’est comme pas assez

Cependant, il m’arrive de trop m’éloigner et d’en perdre mes repères. Je ne sais plus trop où je suis. Pas grave, j’inspire la pitié. Vraiment, si l’escouade du centre animalier était moins vigilante, je serais encore en cavale.

Si la légèreté du furet m’interpelle, c’est qu’elle réveille en moi cette quête de liberté. Elle nous habite tous et est associée au fait d’être heureux. Tout ça pour dire que finalement, Gamine le furet et moi avons cette faculté d’avoir une propension au bonheur. Nous aimons tous les deux profiter de la vie. Et vivre le moment présent. En passant, je vagabonde depuis trois jours. C’est une pure joie! Une douce joie! Que dis-je: une joie débordante!

Cependant, il arrive que certains moments d’un passé parfois tristounet remontent à la surface. Lorsque j’étais petit, on m’appelait « Gros chaton seul gars dans une gang de filles ». Ma mère, n’en ayant que pour mes sœurs, leur chantonnait joyeusement :

Il court, il court, le furet
Le furet du bois, mesdames,
Il court, il court, le furet
Le furet du bois joli.

Il est passé par ici
Le furet du bois, mesdames
Il est passé par ici
Le furet du bois joli.

Vedette chez Zoothérapie Montérégie

En somme, je m’en suis bien sorti, malgré l’itinérance et la froidure de l’hiver. J’ignorais alors qu’un jour, j’intégrerais une équipe dont Gamine la furette faisait partie; que de bonnes personnes se préoccuperaient de moi. J’ignorais aussi que je deviendrais une vedette dans un centre de zoothérapie réputé. J’ignorais que je ferais autant de bien aux gens de tous les âges et de toutes les conditions, comme Gamine et tous les autres avec qui je vis… joyeusement. J’ignorais surtout qu’on me comprendrait assez pour me laisser vivre mes escapades occasionnelles. En fait, je suis un chat comblé.

En terminant, ayons une pensée folichonne pour La Dame à l’hermine, de Léonard de Vinci. Serait-ce possible que notre légendaire artiste ait commis une grossière erreur? Saura-t-on, un jour, si ce peintre célèbre a peint un furet albinos plutôt qu’une hermine? En tous les cas, on en parle sur Internet. Ce sujet fait polémique!

Photo 1: artyangel
Photo 2: Courtoisie: Zoothérapie Montérégie

Photos 3, 4, 5 et 6: christels, anasilva, PublicDomainImages.

Pour en savoir plus à propos de Zoothérapie Montérégie, on peut cliquer sur cet hyperlien.

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