Le dilemme de l’euthanasie

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Par François G. Cellier

4 juillet 2016 — Moment fatidique qui bouleversera l’existence du propriétaire d’un animal, l’euthanasie confirme une certitude, à savoir que nous sommes tous mortels. Mettre fin à la vie de son fidèle compagnon nous rappelle, aussi, à quel point l’attachement entre les êtres humains et les animaux peut être puissant.

Pour certaines personnes, le deuil animalier est plus affligeant que la mort d’un proche. Qui n’a pas déjà entendu dire qu’après le décès d’un chien ou d’un chat, le chagrin ressenti par son maître fut extrêmement intense, voire plus fort que celui associé à la disparition d’un ami intime ou d’un parent.

Au client de choisir

« L’euthanasie est une décision qui revient au client, à moins que son animal ne souffre indûment », nous dit Élise Coutu, médecin vétérinaire à la Clinique vétérinaire du compagnon. Certaines personnes ne parviennent pas à accepter la fatalité, au détriment de leur animal dont la condition physique est très hypothéquée.

Malheureusement, la plupart des animaux ont une vie relativement courte. « On ne peut qu’espérer que leur existence soit des plus agréables, voire la plus longue possible, mais un constat demeure immuable : ils ne sont résolument que de passage », d’ajouter Élise Coutu, un brin philosophique.

Mal de compassion

Véritable passionnée des animaux qui a elle-même vécu plusieurs deuils animaliers, Élise Coutu a appris à se prémunir du « syndrome du mal de compassion », une émotion vécue par plusieurs personnes qui travaillent dans un environnement animalier. « D’ailleurs, le taux de suicide chez les médecins vétérinaires est l’un des plus élevés parmi toutes les professions », dit-elle, car ils doivent faire face, quotidiennement, à une clientèle dévastée par la mort d’un animal. Qui plus est, les vétérinaires sont souvent impuissants à gérer ces décès inévitables, eux dont la mission consiste d’abord et avant tout à préserver la vie.

Euthanasie 2L’euthanasie est un sujet à la fois délicat et complexe. Dans certains cas, aborder cette question peut générer des conflits au sein d’un couple, et même une séparation. « Bien souvent, les hommes sont rationnels en pareille situation, tandis que les femmes seraient prêtes à hypothéquer leur maison pour prolonger la vie de leur animal », raconte Élise Coutu. Il devient d’autant plus délicat d’intervenir pour un médecin vétérinaire. Dans ces circonstances, être fin « psychologue » évitera d’envenimer les choses.

Avoir les moyens

Malheureusement, certains propriétaires d’animaux peu fortunés doivent laisser aller leur compagnon atteint d’une maladie, par exemple le diabète, car ils n’ont pas les moyens d’acheter les médicaments nécessaires afin d’en contrôler les effets. La pilule sera d’autant plus difficile à avaler quand il faudra en finir, alors qu’en temps normal, l’animal aurait pu vivre deux ou trois années de plus.

« Dans d’autres cas, ce ne sont pas les moyens financiers qui manquent, mais plutôt l’emploi du temps irrégulier des propriétaires d’un animal, qui peineront à assumer les contraintes découlant d’un traitement à lui administrer. Toute personne devrait pouvoir choisir de s’engager dans cette voie ou non », insiste Élise Coutu, qui estime que les animaux sont importants, mais les personnes également.

Mourir dans la dignité

Cela dit, mettre fin à la vie d’un animal chez le vétérinaire pourrait avoir un caractère impersonnel. Pour cette raison, la Clinique vétérinaire du compagnon a prévu des mesures pour atténuer cette réalité. Les euthanasies sont faites le matin à la première heure, ou quand les employés reviennent du dîner, afin que la clientèle concernée n’ait jamais à patienter dans la salle d’attente. Dès leur arrivée, les personnes sont immédiatement conduites dans une salle particulière. La facturation et les signatures y sont faites sur place. Ces mêmes personnes quittent ensuite la clinique par une sortie qui leur est exclusivement réservée.

« Il m’arrive de pratiquer l’euthanasie dans la voiture du client. Cela évite d’avoir à déplacer un animal trop mal en point. Je le fais aussi à domicile, parfois, car il s’agit du scénario idéal. L’animal s’éteint dans ses pantoufles, en quelque sorte, lance Élise Coutu, qui croit que l’euthanasie est une délivrance dans certaines situations. Il faut savoir que la plupart du temps, les animaux sur qui elle est pratiquée n’ont plus aucun plaisir à vivre. Lorsque l’injection commence, on voit, clairement, qu’ils ressentent le soulagement d’être affranchis d’une douleur accablante. »

EuthanasiePour tout dire, l’euthanasie est une finalité en soi. Elle s’inscrit dans une démarche responsable, afin d’assurer le bien-être animal dans la vie comme dans la mort. En accepter les conséquences peut être extrêmement difficile, mais avec le temps, la douloureuse épreuve du deuil finit par s’estomper. S’il est impossible d’oublier l’être cher, on finit toujours par apprendre à vivre avec son absence.

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Photo 1: Dollar Photo Club/Sergey Nivens
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