L’hippothérapie pour traiter le Trouble du spectre du l’autisme

Par François G. Cellier

13 octobre 2018 – Le cheval s’avère un excellent « thérapeute à quatre pattes. » Les bienfaits qu’il procure se manifestent à plus d’un titre, notamment par l’hippothérapie, pour traiter le Trouble du spectre de l’autisme (TSA) chez les enfants. Pour peu qu’ils s’y intéressent, cette approche stimule leurs fonctions neuromotrices et sensorielles.

L’hippothérapie est notamment utilisée en ergothérapie, afin d’aider certains enfants TSA à surmonter des barrières qui, autrement, représenteraient un obstacle pour communiquer avec le monde extérieur. Sur le plan social, ils doivent composer avec un trouble envahissant qui entraîne moult difficultés, par exemple une incapacité à décoder les nombreuses émotions exprimées par le faciès d’une personne. En revanche, ils décryptent plus facilement le langage équin, car sa nomenclature est plus aisée à comprendre.

L’hippothérapie, les émotions et l’anxiété

Une fois la communication établie avec un cheval, le candidat TSA est plus enclin à gérer ses émotions et son anxiété, si bien que l’ergothérapeute peut commencer à travailler. Par le truchement de diverses méthodes, il lui fournira des outils pour l’aider à mieux fonctionner en société. Notamment dans la cellule familiale et à l’école.

Jean-François Pichette, ergothérapeute

« La principale fonction à stimuler chez les enfants autistes est la proprioception », explique Jean-François Pichette, ergothérapeute qui, jusqu’à présent, a travaillé avec quelques centaines d’enfants TSA. Parmi eux se trouve Zachary, 13 ans, qui répond très bien à l’hippothérapie depuis qu’il a cinq ans. La proprioception interpelle la sensibilité profonde, ainsi que la perception, consciente ou non, du positionnement des différentes parties du corps. « On génère ainsi des endorphines et de la dopamine, ce qui a un effet positif sur l’apaisement du système nerveux de l’enfant », ajoute-t-il.

Babillage et écholalie

Parmi les comportements atypiques répertoriés chez Zachary, on l’entend se parler à lui-même, faire du babillage et répéter des bouts d’histoire qu’il a entendus (écholalie directe ou différée). Zachary est un autiste sévère, si bien qu’il a été placé dans une école adaptée. « Il ne sera jamais autonome, encore que son comportement se soit beaucoup amélioré grâce à l’hippothérapie, confie sa mère, Geneviève Desroches. On disait même qu’il ne reconnaîtrait jamais ses parents, un scénario qui ne s’est pas concrétisé, fort heureusement. »

Et pour compliquer davantage les choses, cet adolescent présente des particularités sensorielles. Sur le plan physique, sa sensibilité est tantôt exacerbée, tantôt inhibée. Il ressent certaines choses très fortement, tandis que d’autres passent inaperçues. « À titre d’exemple, mon fils est insensible à la douleur, si bien que je dois être très vigilante. En revanche, le cheval lui permet une régularisation sur le plan sensoriel », résume Geneviève Desroches.

En contrôle du cheval

L’hippothérapie dont bénéficie Zachary mise, comme pour tous les autres enfants TSA d’ailleurs, sur le développement de ses capacités attentionnelles. Pour ce faire, l’ergothérapeute lui donne les rênes du cheval, sous étroite supervision, ce qui l’amène à focaliser sur sa concentration et une meilleure estime de soi. « L’animal lui insuffle la motivation nécessaire pour entrer en contact avec moi, si bien que j’en profite pour travailler sur les interactions sociales, qui font souvent défaut chez les autistes », expose Jean-François Pichette. Et comme les équidés ont un patron de marche similaire à celui des humains, leur déplacement est modulé pour atteindre des objectifs thérapeutiques ciblés, lesquels sont en liens directs avec les capacités motrices, sensorielles et perceptuelles.

Avant que ne commence ce traitement équin, Zachary n’entrait que très difficilement en relation avec son ergothérapeute. Il avait tendance à s’autostimuler par la voix, étant donné que le toucher et les odeurs étaient problématiques pour lui. Sa collaboration était pratiquement nulle. On a voulu l’aider sur le plan de la motricité et de la dextérité, mais il était très difficile d’approche. Cet enfant ne communiquait pas beaucoup.

Plus attentif et moins impulsif

L’équitation l’a rendu plus attentif en classe et disponible aux apprentissages. Et il contrôle davantage une impulsivité qui sommeille en lui. Aujourd’hui, cet adolescent a grandement amélioré sa motricité fine, son tonus et la prise d’un crayon pour écrire. En outre, il répond aux questions et se concentre davantage lorsqu’il doit accomplir une tâche.

L’hippothérapie l’a rendu complètement accro. Pour lui, manquer une séance d’équitation a des impacts quasi immédiats sur son comportement global. « En revanche, si elle est suivie avec constance et régularité, cette activité lui permet de s’exprimer et d’échanger avec les autres, si bien qu’il est plus fonctionnel et “normalisé” dans la société.

L’autisme et l’intelligence

S’ils ne verbalisent pas leurs pensées, les enfants TSA peuvent avoir une intelligence supérieure à la moyenne. Le Dr Laurent Mottron, chercheur et professeur titulaire au département de psychiatrie à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, constate que les autistes sans déficience intellectuelle sont, par certains côtés, des sujets très brillants. Plus particulièrement dans le domaine des sciences.

De leur côté, les parents d’enfants autistes sont nombreux à faire des surmenages professionnels, et même à sombrer dans la dépression. Geneviève Desroches aurait pu sombrer dans cet état d’être, n’eut été d’une aide offerte par la Fondation Mira. Ce soutien inespéré est survenu lorsque Zachary avait quatre ans. Mira souhaitait recruter des parents pour participer à une étude sur les enfants TSA. Ses responsables voulaient connaître l’impact de la présence d’un chien sur l’anxiété de ces enfants.

Geneviève Desroches a travaillé fort pendant toute la durée de cette étude, après quoi elle a eu l’opportunité de faire une demande pour avoir un chien Mira. Depuis les neuf dernières années, elle a pu accueillir deux chiens d’assistance, qui lui ont été fournis gracieusement par cette fondation. « Ça a changé notre vie familiale, car Zachary a retrouvé le sommeil », affirme avec soulagement Geneviève Desroches. Ces animaux ont en outre apaisé ses envies de fuguer, et diminué une désorganisation (ex. : colère et agressivité) qui le caractérisait. Bref, la petite famille a pu recouvrer une qualité de vie.

Zachary sur son cheval

L’hippothérapie n’est pas la panacée à tout

Sans être considérée comme « miraculeuse », l’hippothérapie fonctionne bien avec certains sujets, mais donne des résultats moins probants pour d’autres. Quoi qu’il en soit, Zachary semble avoir trouvé le bonheur avec l’équitation, un loisir qu’il pratiquera fort probablement pendant toute sa vie. Les chevaux se veulent une porte ouverte sur un monde qui n’est pas le sien, mais qu’il pourra néanmoins continuer d’apprivoiser, afin d’y trouver une place qui lui revient de plein droit.