Consacrer sa vie à l’élevage de Teckels à poil dur

Par François G. Cellier

30 mars 2019 — Être éleveur n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur. Certaines personnes croient, à tort, que tous font des affaires d’or « sur le dos des animaux ». Dans les faits, cette théorie n’est pas toujours avérée, car il se trouve des éleveurs qui travaillent en observant scrupuleusement les règles.

Dormir à côté d’un enclos consacré à la maternité pendant deux semaines, pour s’assurer que les petits vont bien, est l’apanage des éleveurs hyper consciencieux. Sacrifier ses vacances pour soigner un nouveau-né malade relève d’une abnégation remarquable. De même, perdre 16 livres pour superviser deux accouchements qui se déroulent pendant la même nuit, mérite d’être souligné avec mention honorable.

C’est ce que Louise La Branche a notamment vécu, au cours des 10 dernières années, depuis qu’elle élève des Teckels standards à poil dur (de lignées européennes) chez Élevage Vom Branche. Pour elle, cette activité est d’abord et avant tout motivée par la passion à l’état pur. S’imaginer qu’elle imprime de l’argent au rythme d’une photocopieuse relève d’une vue de l’esprit. Ce sont bien souvent les éleveurs peu scrupuleux qui y parviennent, en contournant les règles. Coup d’œil sur un monde qui, dans une certaine mesure, mérite qu’on lui rende justice.

Être éleveur, ça coûte cher

Les coûts inhérents à un bon élevage en décourageraient plusieurs à se lancer dans cette aventure. Outre la nourriture, les accessoires, les jouets et d’autres frais liés aux consultations avec un vétérinaire, certains éleveurs misent également sur des tests génétiques, afin de s’assurer que leurs animaux ne sont pas porteurs d’un gène mutant. Un test coûte 75 $.

Les animaux de race sont encore nombreux, au Québec, à porter des copies mutées du gène lié aux maladies génétiques. Pour détecter ces anomalies, il faut tester leur ADN, à plus forte raison s’ils sont destinés à la reproduction. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra éventuellement éliminer cette double mutation, en s’assurant qu’au moins un des deux reproducteurs en cause soit porteur d’un gène sain. Ainsi, plusieurs des petits qui viendront au monde seront « clear », pour employer l’expression française, si bien qu’ils deviendront eux-mêmes d’excellents candidats à la reproduction. Cela dit, il faut préciser que les maladies génétiques ne sont pas présentes chez tous les éleveurs.

Une éducation à faire

« Malheureusement, les mutations vont se poursuivre pendant des années encore, car il reste beaucoup d’éducation à faire », précise le Dr David W. Silversides, professeur titulaire à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, et directeur scientifique du Labgenvet. Ce laboratoire a répertorié, en ligne, les nombreuses maladies génétiques qui affectent notamment les chiens et les chats de race. Elles se déclinent sous la forme d’un véritable dictionnaire et sont clairement définies.

Louise La Branche

Bien évidemment, les animaux de race testés génétiquement se vendent généralement plus cher que les autres. Louise La Branche le confirme. Les Teckels qu’elle élève peuvent être affectés par une Atrophie progressive de la rétine (PRA). Pour savoir si ses chiens étaient porteurs d’une copie (ou même des deux copies) mutée du gène associé à cette maladie, elle a prélevé des échantillons de salive sur leurs gencives, puis les a envoyés chez Labgenvet, qui les a testés. « Je peux maintenant affirmer, avec certitude, que mes chiens sont clear, mais aussi non porteurs et non atteints », dit-elle.

Prise en charge adéquate

Avoir des animaux de race en santé est une chose, mais s’assurer qu’ils sont rigoureusement pris en charge en est une autre. Les chiens d’Élevage Vom Branche sont enregistrés au Club Canin Canadien, ainsi qu’en Allemagne au Deutscher Teckelklub (DTK) 1888 e. V. Pour être conforme aux standards du DTK, il faut respecter des règlements stricts en ce qui a trait à la reproduction, au tempérament et aux standards de la race. Un mâle ou une femelle doivent avoir obtenu la mention « Excellente » ou « Très bien » (en conformation) pour se reproduire. Ils ne pourront pas commencer à le faire avant l’âge de 15 mois. Il faudra ensuite attendre 10 mois (après la mise bas) pour les reproductions subséquentes. Outre les deux mentions précitées, ces Teckels devront avoir réussi une épreuve d’obéissance ou de chasse.

L’encadrement adéquat des animaux de race suppose aussi qu’ils soient bien socialisés et sevrés assez longtemps. Personne n’a envie d’avoir un animal craintif, ou qui réagit mal en présence d’autres animaux ou d’êtres humains. Pour que cet aspect crucial soit couronné de succès, l’animal ne devrait pas quitter le nid familial avant huit semaines, au minimum. Autre donnée importante à savoir : adopter un chien de race suppose un temps d’attente. « Il faut se méfier des élevages qui s’annoncent sur Internet, et où les animaux sont disponibles sur demande. Il pourrait s’agir d’usines à chiots », prévient Louise La Branche, également ex-policière à la retraite. Bien sûr, ceux qui s’annoncent sur la toile ne sont pas tous des hors-la-loi.

Savoir qui l’on adopte

Trop souvent encore, les consommateurs qui acquièrent un animal de race cherchent le meilleur prix possible. « Ils peuvent aussi être mal informés, ou ne pas avoir déployé les efforts nécessaires pour en savoir davantage sur la race convoitée. Cela dit, il y a des vendeurs et des éleveurs de chiens », pense-t-elle. À la différence des premiers, Louise La Branche est d’avis qu’un éleveur se rendra disponible pendant toute la vie de l’animal, afin qu’un adoptant puisse avoir des réponses à ses questions, et même obtenir de l’assistance au besoin.

En outre, un bon éleveur ne vendra pas ses animaux à n’importe qui. À titre d’exemple, quelqu’un qui n’a pas une cour clôturée ne pourra pas adopter un chien chez Élevage Vom Branche, car il n’est pas question qu’il passe une partie de sa vie attaché à une niche. Un animal doit pouvoir courir en toute liberté, ce qui contribuera à sa bonne santé et à le maintenir sain d’esprit.

Compatibilité entre chiens et adoptants

Par ailleurs, les éleveurs réputés doivent être en mesure d’identifier la nature profonde d’un adoptant, afin que ce dernier puisse être jumelé à un animal compatible avec son tempérament. Une personne qui a du caractère se verra remettre un chien avec du caractère aussi. L’animal pourra ainsi tolérer le tempérament de son maître. Pour leur part, les hypersensibles et les Asperger devraient être accompagnés d’un chien qui transpire l’assurance, sans être dominants pour autant.

En somme, Louise La Branche estime qu’un bon éleveur fait passer l’animal en priorité. « En cas de moindre doute à propos d’un éventuel adoptant, je préfère dire non que de me tromper. » Même s’ils ont quitté l’élevage, ils feront toujours partie de sa vie. Être éleveur ne se résume pas qu’à donner naissance à des animaux. Cette activité implique une rigueur sans faille, d’être à l’écoute et d’avoir développé un très grand sens des responsabilités. Trois qualités qui font la différence et témoignent d’un engagement indéfectible en faveur du bien-être animalier.

Photos: Courtoisie Élevage Vom Branche
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