Prendre des chiens sous son aile

JS + Pilots N Paws 5Par François G. Cellier

12 avril 2015 – Tel un ange venu du ciel, Jean-Sébastien Dominique vole au secours d’animaux qui se trouvent aux quatre coins du pays. Animé par un sens du devoir hors du commun, ce jeune pilote de 27 ans travaille bénévolement pour l’organisme Pilots N Paws Canada, dont la principale mission consiste à éviter l’euthanasie au plus grand nombre possible d’animaux.

Pilots N Paws Canada a vu le jour en 2012 en Colombie-Britannique. L’idée s’inspire des États-Unis, où une entité qui porte le même nom s’adonne à des activités similaires. Gini Green, dresseuse de chiens, secouriste canine volontaire et fondatrice de cet organisme chez nous, s’y consacre à plein temps pour secourir des animaux malades, abandonnés, errants ou saisis pour cause de maltraitance.

Une neuvième mission

Pilot N PawsLe vendredi 13 mars dernier, Jean-Sébastien Dominique, premier pilote québécois recruté par Pilots N Paws Canada, a été mandaté pour accomplir une neuvième mission. Destination prévue : la Côte-Nord, où la SPCA de Sept-Îles l’y attendait pour lui remettre deux chiens. Ces animaux, qui se trouvaient dans une fourrière, devaient transiter par la SPCA Laurentides-Labelle à Sainte-Agathe-des-Monts. Pour eux, les chances d’adoption étaient plus probables dans cette région du Québec. Ce calcul s’est avéré juste, car ils ont rapidement trouvé de nouveaux maîtres. Trois autres pilotes ont également pris part au voyage dans leur propre appareil, avec comme objectif de ramener neuf chiens.

Avec plus de 600 heures de vol au compteur, ce passionné de l’aviation a pris les commandes de son Piper Cherokee 140 depuis Saint-Jean-sur-Richelieu. La durée prévue du voyage aller-retour était d’environ 13 heures. Il fera tout d’abord escale à Bromont, où l’attend son ami Raphaël Roy, qui compte éventuellement suivre des cours pour devenir pilote lui aussi. Ce dernier doit seconder Jean-Sébastien pendant cette mission et pourra, du coup, profiter des joies de se retrouver entre ciel et terre. Les deux hommes filent ensuite vers Sept-Îles par un temps radieux.

Dévoué pour la cause

JS + Ami Pilots N Paws 3S’il travaille bénévolement, Jean-Sébastien ne s’en formalise pas, car pour lui, voler est un pur plaisir. Il peut ainsi accroître son expérience afin d’atteindre l’objectif ultime : devenir pilote à plein temps. En attendant, il pourra toujours se rabattre sur les crédits d’impôtq inhérents aux dépenses encourues.

Le plus grand défi pour Pilots N Paws Canada consiste, fort certainement, « à convaincre ses pilotes bénévoles d’aller jusque dans les endroits les plus éloignés et les plus difficiles à rejoindre », dit-on sur le portail de cet organisme. Celui-ci dispose d’un fonds de carburant qui lui permet, occasionnellement, de payer certains frais d’essence.

Enfin arrivés

JS + Ami Pilots N Paws 4Jean-Sébastien et Raphaël volent d’abord à 5500 pieds d’altitude, mais doivent monter à 7500 pieds, pour contrer un fort vent de face. Le périple se déroule sans anicroche et une fois arrivés à destination, ils fraternisent avec leurs hôtes, prennent une bouchée ainsi que des photos de groupe, refont le plein et embarquent ensuite les deux chiens. Ces derniers ne se font pas prier pour monter à bord, conscients qu’il s’agit fort probablement pour eux d’un voyage salutaire vers d’autres ailleurs, où ils pourront espérer survivre.

Le voyage du retour s’amorcera une heure et demie après l’atterrissage. Poussés par un vent arrière, les deux amis constatent qu’il fait toujours aussi beau, quoique l’on annonce une faible averse de neige à Trois-Rivières. Pendant les quatre premières heures et demie, l’appareil vole à 6500 pieds d’altitude et le temps est au beau fixe. Les choses se corseront par la suite. Arrivé à Shawinigan, il s’est mis à neiger légèrement. L’appareil n’est pas conçu pour supporter ces conditions, car la neige peut s’accumuler sur les ailes et créer un décrochage.

Control panel of an airplane cockpitLe pilote baisse alors d’altitude dans l’espoir de quitter la zone enneigée. Mais droit devant, la vision se détériore. En cas de force majeure, la loi oblige un contournement des conditions météorologiques, s’il s’avère qu’elles sont difficiles, voire périlleuses. Or, le réservoir n’a plus assez d’essence pour parer à une telle éventualité. Il faudra donc atterrir à Trois-Rivières pour refaire le plein. Pendant ce temps, la situation se dégrade un peu plus. Quand l’appareil redécolle, il fait nuit. « En regardant vers Montréal, c’est l’obscurité totale. Habituellement, la luminosité y est abondante vu des airs la nuit », raconte Jean-Sébastien.

Dans les ténèbres

À 1500 pieds d’altitude, une hauteur suffisante pour voler au-dessus d’obstacles potentiels, l’avion survole Sorel. C’est à ce moment que l’averse de neige s’intensifie. Jean-Sébastien met dès lors le cap vers St-Hubert, où le temps est plus clément, apprend-il pendant une communication radio. Mais à Verchères, tout près de Montréal, l’appareil se retrouve dans les ténèbres. « J’ai dû traverser un mur de neige, si bien que je ne voyais les choses que sur une très courte distance », relate Jean-Sébastien. Cette expérience fut brève, mais préoccupante.

JS + Ami Pilots N PawsL’homme n’est toujours pas arrivé au bout de ses peines, car l’atterrissage à Lachute doit s’effectuer sur une piste glacée et recouverte de neige. « Je me suis retrouvé sur une véritable patinoire », se souvient-il. Après quelques manœuvres au sol, l’avion s’immobilisera finalement. Ouf! Quoi qu’il en soit, si c’était à refaire, Jean-Sébastien n’hésiterait pas à une seconde à retourner à Sept-Îles en avion. Pour lui, cette expérience fut extrêmement enrichissante. Précisons que les chiens ont ensuite été transportés à Sainte-Agathe-des-Monts en voiture.

« Ces animaux savent qu’en prenant l’avion, ils s’envolent vers une nouvelle vie. Plusieurs sont excités de prendre part à un tel voyage, surtout les plus jeunes, qui veulent toujours être assis en avant dans l’appareil », nous dit Jean-Sébastien. Certains ont peur d’embarquer, mais généralement, ils n’hésiteront pas très longtemps. Pour un pilote d’avion qui doit assurer leur sauvegarde, ces moments sont inoubliables. En fait, tous les pilotes mandatés par Pilots N Paws vivent des expériences extrêmement gratifiantes. Ces voyages font appel au dépassement de soi, à une grande générosité et au sentiment du devoir accompli.

N.B : Pilots N Paws est à la recherche de pilotes bénévoles, au Québec, pour aller secourir des animaux.

Dans le prochain article, nous traiterons de la réalité québécoise propre à Pilots N Paws Canada. Le présent article est également accessible en anglais.

Photos 1 + 5/De gauche à droite: Raphaël Roy et Jean-Sébastien Dominique
Photo 2: Courtoisie Pilots N Paws

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Ce texte a été traduit en anglais.

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